Appelez-le Abe Shinzo, Et Non Shinzo Abe

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  • Le ministre des affaire étrangères du Japon, Taro Kono, fait les gros titres en poussant les médias à écrire les prénoms japonais en commençant par le nom de famille et non le prénom. Pour le citer, il a dit que le nom du premier ministre Shinzo Abe devrait être écrit “Abe Shinzo” et non l’inverse. Il a même rajouté que ce serait le bon moment de le faire étant donné le récent changement d’ère (Reiwa) et l’arrivée de nombreux évènement majeurs tels que l’accueil des Jeux Olympiques à Tokyo en 2020 et du G 20.

     

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    Nihonjin No Shimei (Les Noms Japonais)

    De nos jours, un nom japonais est constitué du nom de famille suivit du prénom. Les noms de familles sont quasi-systématiquement rédigés en kanji alors que les prénoms peuvent être représentés de plusieurs façons incluant les kanji, hiragana ou katakana. Cependant, la majorité des noms de famille au Japon ne connaissent pas un long historique. La plupart d’entre-eux ont été choisis au 19ème siècle après la restauration Meiji. De plus, l’histoire expliquant la façon d’écrire les noms japonais reste inconnu. Certains disent qu’elle est similaire à celle des Chinois et des Coréens (puisque ces cultures utilisent également le nom de famille en premier lieu). Durant l’ère Meiji, les fils adoptaient le nom de famille de leur père tandis que les filles adoptaient celui de leur époux une fois mariées.


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    Fait intéressant, c’est également durant la période Meiji où l’occidentalisation, l’industrialisation et la modernisation a frappé l’île. De nombreuses publications anglaises sont alors parues avec le nom des écrivains Japonais écrits pour la première fois à l’envers. C’était la réponse du Japon au monde entier qu’il n’appartenait plus aux vestiges du passé mais qu’il était bel et bien dans la course du développement et de la modernité. Quelques Japonais qui devaient alors négocier avec des étrangers commencèrent à user de surnoms ou de formes simplifiées de leur nom original.
    Quand on y pense, le système de noms inversés à été initié non pas par les étrangers mais par les Japonais eux-mêmes. Nous pouvions également apercevoir certains Japonais assister à des conférences internationales avec leur plaque composée de leur nom en ordre original japonais, puis en ordre inverse en-dessous pour la communauté anglophone.

    Pourquoi Tant d’Agitation Pour une Histoire de Noms ?

    Shakespeare a écrit dans l’une de ses pièces “Qu’est ce qu’il y a dans un nom ?”. Le cas est cependant différent ici. Le ministre des affaires étrangères du Japon semble relativement sérieux à propos de ce problème. “Comme de nombreuses organisations écrivent le nom du président chinois Xi Jinping et le président de la Corée du Sud Moon Jae-in (dans l’ordre nom de famille – prénom), il est normal pour le nom du premier ministre Abe Shinzo de se voir écrit d’une manière similaire” a décrété le ministre des affaires étrangères. L’argument semble valide, cependant une question demeure la même. Est-ce réellement un problème ?

    L’ancien gouverneur de Tokyo, Yoichi Masuzoe (ou Masuzoe Yoichi en suivant l’ordre japonais) a tweeté expliquant que le changement d’ordre des noms serait une affaire onéreuse. Un de mes collègues, Nishan Pandey, qui étudie les relations internationales dans une université japonaise m’a expliqué qu’il s’agit ici avant tout d’une façon de présenter un patriotisme et nationalisme croissant. Ce dont à quoi j’ai répondu d’une manière des plus poétiques : “Une rose nommée de n’importe quel autre nom exhalera toujours la même douce senteur”, un classique de la pièce Roméo et Juliette.